03/09/2011

6 Aliénation francophile:exemple: Gilles Dal

Gilles Dal, Le français des Belges, LB 27/10/2007

 

J'entendais l'autre jour Bernard-Henri Lévy à la télévision, et je me disais : ces Français, décidément, quand ils s'y mettent, qu'est-ce qu'ils parlent bien ! C'est quand même autre chose que nos édiles wallons : ils uti­lisent des subjonctifs plus-que-parfait, ils font les liaisons entre les mots; quand ils se disputent sur un plateau télé, ils se di­sent des choses comme : "permettez-moi de vous dire que votre point de vue me semble à tout le moins audacieux", alors que chez nous, ce serait plutôt : "ça, c'est du n'importe quoi, hein". Ils s'apostro­phent par des formules comme : "si vous aviez l'amabilité de me laisser terminer ne fût-ce qu'un bout de phrase", alors que nous sommes plu­tôt habitués à des envolées comme : "oui, m'enfin, dites ! Je peux finir, oui ou non ?" C'est une question de style...

Bernard-Henri Lévy, donc. Son der­nier livre, qui parle de la gauche à l'aube du troisième millénaire, s'intitule "Ce grand cadavre à la renverse". On n'imagi­nerait jamais ce genre de titre en Belgi­que, sauf peut-être à l'évocation d'un fait divers, si par exemple un homme de grande taille était retrouvé mort, attaché par les pieds au haut du signal de Bo-trange. Là, on pourrait comprendre le ti­tre "Ce grand cadavre à la renverse"; si­non, il y a très peu de chances. Les titres de livres, en Belgique, sont beaucoup moins lyriques; ils ressemblent plus à "Mon combat pour Auderghem", ou bien à "Sportivement vôtre", ou encore à "Mes­sieurs les Flamands, j'ai deux mots à vous dire".

A-t-on déjà entendu Dominique de Villepin parler de politique ? Quel verbe superbe ! Il parle du "soleil noir de la puis­sance", du "pouvoir mystérieux des mots sur les choses", de la "formidable gravité de la destinée humaine"... Imagine­rait-on Yves Leterme s'exprimer en ces termes ? Bon, je suis d'accord, il ne faut pas s'acharner sur le pauvre homme : ce n'est déjà pas facile pour lui en ce mo­ment. .. même si c'est quand même un peu de sa faute : des sorties comme "moi, quand on me cherche, on me trouve", ou comme "mettons-nous autour de la table, pour que chacun mette ses propositions sur la table, dans l'espoir que personne ne quitte la table", on a beau dire, ça manque quelque peu de panache.

Je suis d'accord, je généralise : nous avons, nous aussi, notre quota de gens chics; quant aux Français, ils ont Jean-Marie Bigard, Didier Barbelivien, Chris­tian Clavier, Gilbert Montagne... en fait, tous les amis do Sarkozy !... Ah, c'est sûr que depuis, l'accession du roquet sous la présidence de la République, la tnéorie de la France élégante a pris du sérieux plomb dans l'aile : depuis quel­ques mois, les soirées à l'Elysée doivent davantage ressembler à une réunion d'anciens G.O. du Club Med de Corfou, qu'à un bal de la Cour à Versailles. On imagine d'ici les envolées du nouvel ami du prési­dent de la République : "hé ben mon co­chon, t'es logé comme un nabab, dis-moi ! Quand je pense que je t'ai rencontré à une soirée "Moon Light" à St-Tropez, et que maintenant t'es le big boss de la France ! Non mais sans blague !"

Préférons ne pas trop y penser, et reve­nons-en à la Belgique. Les choses avan­cent, paraît-il : il y aurait déjà quelques accords arrachés de haute lutte au sein de la coalition orange bleue. Joli résultat, en plus de trois mois : tout le monde serait enfin d'accord à propos de la composition des sandwiches à servir sur les tables de négociation. Au départ, d'après mes infor­mations, le VLD voulait plutôt des thons mayonnaise sur pain mou, mais le CDH freinait des quatre fers : les dirigeants dé­mocrates-chrétiens étaient d'accord pour le thon mayonnaise, mais ils exigeaient du pain gris de campagne. Le CD & NV-NVA, quant à lui, n'avait rien contre le pain gris de campagne, mais il était plus partisan du jambon-fromage. Le MR, lui, exigeait du pain bagnat, mais n'avait pas de préférence particulière entre le thon mayonnaise et le jambon-fromage. Rajou­tez à cela les talents de négociateur d'Yves Leterme, et tout le monde s'est retrouvé avec des croissants aux anchois.

Ce problème étant à présent derrière nous, place aux négociations institution­nelles !... Enfin, pas tout de suite, car il reste encore à choisir le snack qui fournira ces sandwiches. Et on se doute que ce ne sera pas une sinécure, car il va falloir trouver un snack qui ne soit situé ni en ré­gion wallonne, ni en région flamande, ni à Bruxelles-Capitale, ni dans les cantons rédimés, et dont le patron ne serait ni libé­ral, ni socialiste, ni démocrate-chrétien, ni extrémiste... Bonne chance ! La meilleure solution consistera sans doute à s'adresser à un fournisseur installé à l'étranger, pour être sûr de ne froisser aucune susceptibilité.

J'ai entendu parler d'un petit restau­rant situé à Klapieda, en Lituanie, je les contacte de ce pas.

 

00:17 Écrit par Johan Viroux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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